Cap…sur le luxe

Presqu’île de Giens, cap Nègre, cap d’Antibes, cap-Ferrat, Cap-d’Ail, cap Martin… Ces encoches fortement inscrites dans le bleu de la Méditerranée doivent à leur isolement relatif d’être devenues les joyaux de la Côte d’Azur, ainsi surnommée depuis 1887.

Ces lieux bénis des dieux ont été investis par les têtes couronnées, les vedettes et artistes arrivés… On a beaucoup parlé du cap Nègre et un peu oublié Cap-d’Ail fréquenté par les frères Lumière, Colette, Guitry, Garbo, Churchill…mais la palme revient sans doute à Jean-Cap-Ferrat, où la villa Leopolda est classée parmi les maisons les plus chères du monde !

Un décor de conte de fées

Ancien hameau de pêcheurs, cerné par 11 kilomètres de sentier pédestre et quelques petites criques, Saint-Jean-Cap-Ferrat touche à Villefranche. Le promeneur qui emprunte ses avenues ombragées respire les plus fines essences, mais il voit pas grand chose des 400 villas de luxe blotties à distance sur les pentes de ce promontoire parfumé. La plus belle se visite, c’est une folie fastueuse, propriété de l’Institut de France, création, en 1905, de Béatrice Ephrussi, née de Rothschild et portant son nom. Un décor de conte de fées ouvert sur l’extérieur comme une villa palladienne, tout le raffinement du mobilier du XVIIIe siècle et neuf jardins sur sept hectares…

Mais la villa qui fait parler d’elle aujourd’hui, c’est Santo-Sospir, nettement plus modeste et depuis peu accessible. Cette séduisante maison de vacances, dans son jus des années 1950, s’étage dans un parc luxuriant et boisé descendant vers la mer. Elle est achetée après-guerre par Alec Weissweiller, héritier de la Shell, et son épouse, Francine, fille du bijoutier Worms. Invité par cette dernière à y passer une quinzaine de jours l’été 1949, Cocteau y vivra une bonne partie de l’année, treize ans de suite.

Épouse esseulée de 33 ans, mondaine, blonde et éthérée comme une héroïne de Sagan, Francine deviendra la mécène dévouée et charmée de Cocteau, l’homme à la conversation étincelante qui semble avoir vécu mille vies, ne cessant de créer et collectionner échecs et succès.

Demi-dieux et pêcheurs

C’est un privilège que de pouvoir découvrir Santo-Sospir in vivo, telle que le Cocteau l’a « tatouée » sur la peau de ses murs. Il a tracé ses motifs mythologiques et ésotériques dans le salon, dans le couloir, dans les chambres. Sur les murs un peu fendillés par les intempéries, on se trouve nez à nez avec des demi-dieux grecs ou des pêcheurs de Villefranche, et des profils se cachent jusqu’à l’intérieur des armoires.

En continuant après Beaulieu, dont le fleuron est la villa grecque Kerylos de l’érudit Théodore Reinach, sur la côte la plus privilégiée du monde, le commun des mortels a intérêt à se forger une âme d’indien, pour qui les joies de la contemplation valent mieux que celles de la possession… On salue au passage la villa La Pausa que Coco Chanel fit construire en 1928 sur les hauts de Roquebrune-Cap-Martin. Un temps abandonnée, elle a été rachetée en 2015 par la Maison Chanel. Juste sauvetage pour ce lieu où Mademoiselle vécut pendant près de vingt-cinq ans et où elle mis en flacon le parfum 28 La Pausa fleurant bon l’iris et le vétiver.

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